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Le son de 2017

Le samedi 30 décembre 2017 à 11:58

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Courtney Barnett est une chanteuse-songwriter australienne, pas manchotte de la plume ni de la gratte électrique. Sa voix moqueuse qui traîne peut faire penser au parlé-chanté de Bob Dylan, avec la nonchalance punk d'un Kurt Cobain avec un peu de PJ Harvey ou de Velvet Underground dans le fond de la guitare. Je l'ai découverte en 2015 grâce à son excellent album Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, avec sa pochette destroy et naïve. J'ai tout de suite aimé le son pop-rock garage et les paroles étonnantes basées sur des anecdotes du quotidien, des réflexions existentielles ou une observation lucide des petites galères et des grands moments de lose. L'album a bénéficié d'une bonne critique dans la presse anglaise et américaine, prenant une bonne place dans les palmarès de Rolling Stone, Pitchfork, The Guardian… jusqu'à Barack Obama qui annonce en 2016 qu'Elevator Operator est une de ses chansons préférées. Un homme de goût ce Barry ! Par contre la playlist du clown orange, ça peut attendre, pas d'encouragement au terrorisme musical... En 2017, Barnett s'associe au chanteur américain Kurt Vile pour l'album Lotta Sea Lice. L'alchimie est parfaite, leurs voix et leurs jeux de guitare se complètent à merveille, si bien qu'on croirait entendre le frère et la sœur.

 

Dans la même famille musicale (rock indé / songwriter), attardons-nous un instant sur Marika Hackman. Chanteuse anglaise, elle publie un EP en 2013 produit par Charlie Andrew du groupe Alt-J et fait la première partie de la tournée européenne de la chanteuse folk Laura Marling. En 2014, elle publie son premier album We Slept At Last toujours produit par Andrew. Je la découvre en 2017 avec l'album I'm Not Your Man, signé chez les Américains de Sub Pop (Fleet Foxes, Iron & Wine, Nirvana). Je suis séduit par le son pop-rock sombre aux accents grunge, par les paroles sarcastiques et les mélodies accrocheuses. Et parfois, quand la musique se débranche, c'est pour nous offrir une folk dépouillée superbe.

 

Je suis fan du folk d'Iron & Wine depuis le début des années 2000. Ce guitariste américain originaire de Caroline du Sud, de son vrai nom Sam Beam, a enregistré son premier album The Creek Drank the Cradle en 2002 sur le label Sub Pop. Ce multi-instrumentaliste (guitares acoustiques, slide guitars, banjos) est alors comparé à Nick Drake, Elliott Smith, Neil Young ou Simon and Garfunkel. Sa notoriété grandit et on ne s'étonnera pas que Zack Braff choisisse en 2004 la chanson Such Great Heights du second album (Our Endless Numbered Days) pour la B.O. de son film Garden State. En 2005, Beam s'associe avec le groupe Calexico pour le projet The Shepherd's Dog, qui lui apporte quelques notes mexicaines qui complètent à merveille la sonorité de l'album. On retrouve alors quelques-unes de ses chansons dans des séries américaines (dont la géniale Dr House) ou au cinéma. En 2009, il participe au projet Dark was the night autour de Bryce Dessner, Sufjan Stevens, Feist etc. Sam Beam est un personnage discret du répertoire folk américain, généreux, avec une tête de sympathique barde barbu, qui vit avec sa femme et ses cinq enfants en Caroline-du-Nord. Il revient en 2017 avec son sixième album Beast Epic où on peut remarquer qu'il n'a rien perdu de sa voix de troubadour en velours ni de son talent rare pour les mélodies.

 

Nick Mulvey est un chanteur et musicien anglais talentueux avec une véritable curiosité pour les musiques du monde, en particulier les sonorités latines et africaines qu'il a étudié à Cuba ou en cours d'ethnomusicologie à Londres. Lors de ses études, il rejoint le groupe de jazz Portico Quartet dont le premier album est nominé pour le Mercury Prize face à de grands noms de la scène musicale internationale. Nick Mulvey y joue du hang, ce formidable instrument de percussion mélodique suisse apprécié des hippies comparable aux steel drums de Trinité-et-Tobago. En 2011, il se lance dans une carrière solo et peu à peu développe un style plus personnel. Je découvre cet artiste en 2017 et suis vite emballé par son style musical folk aux accents africains, à la croisée des chemins entre Jack Johnson, Piers Faccini et Stranded Horse. Gros coup de cœur en particulier pour le titre Myela, sur le drame de l'exil des migrants africains qui tentent de fuir vers l'Europe sur des bâteaux de fortune. À voir, le clip de la chanson créé par Majid Adin, un illustrateur / animateur iranien réfugié au Royaume-Uni.

 

Songhoy Blues est un groupe de Desert Blues malien originaire de Tombouctou. À cause de la Guerre du Mali de 2012 et de la charia imposée par les djihadistes d'Ansar Dine (qui interdisent la musique), Garba Touré, guitariste est obligé de s'exiler vers Bamako, dans le sud du pays. Avec Oulié et Omar Touré (même nom mais familles différentes), il forme un groupe de blues. Songhoy est le nom de leur ethnie (parfois orthographiée Songhaï) qu'on peut retrouver au Mali, au Niger et au nord du Bénin. Ils commencent à jouer dans les clubs de Bamako, attirant dans un premier temps le public songhoy et touareg. En 2013, Damon Albarn (Blur, Gorillaz) visite Bamako dans le cadre de son projet Africa Express à la recherche de collabarations. Le groupe réussit l'audition et rencontrent bientôt Nick Zinner, guitariste du groupe Yeah Yeah Yeahs qui produit leur titre Soubour pour la compilation Maison des Jeunes du projet Africa Express. Forts du succès, ils enregistrent leur premier album Music in Exile en 2015 rapidement diffusé aux États-Unis grâce au label Cult Records de Julian Casablancas (The Strokes). On peut alors les voir faire la première partie d'Alabama Shakes à New York. En 2017, ils reviennent en force avec l'album Résistance. Sur cet album, on retrouve leur talent pour le blues du désert (que j'ai découvert avec le blues touareg de Tinariwen), avec la collaboration d'une légende du rock : Monsieur Iggy Pop, sur le titre Sahara.

 

Sampa the Great, de son vrai nom Sampa Tembo est une jeune rappeuse née en Zambie, qui a grandi au Botswana et qui vit maintenant en Australie. Certains la comparent à Lauryn Hill, pour moi c'est l'enfant caché de Gil Scott-Heron (père spirituel du slam et du hip-hop de la première heure) et de Camille Yarbrough (chanteuse du puissant All Hid en 1975). Chez Sampa, le même talent de conteuse, poétesse engagée qui n'hésite pas à questionner la société, dénoncer les injustices sociales. Mais pour cela, Sampa The Great utilise un univers onirique, poétique, des sonorités flottantes et rebondissantes qui contrastent avec la rugosité des sujets. Elle a depuis ses débuts reçu le soutien de Kendrick Lamar, Ibeyi et Fat Freddy's Drop. En 2017, elle sort un album / mixtape, Birds and the BEE9 qui m'a tout de suite accroché. Un talent à suivre !

 

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