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Le son de 2016

Le dimanche 29 octobre 2017 à 10:00

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The Kills est un duo électrique anglais formé début des années 2000, reconnaissable rapidement grâce à la voix de sa chanteuse Alison Mosshart et la guitare rageuse de Jamie Hince. Deux âmes punk écorchées réunies autour d'un son garage minimaliste brut de décoffrage. En 2002, ils enregistrent un premier EP (Black Rooster), sorti chez Domino Records, excellent label anglais de rock indépendant à qui on doit quelques unes des meilleures bombes rock des années 2000 (Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, Pavement...). La pochette provocatrice du disque fait son petit scandale puisqu'il utilise le portrait d'une meurtrière française des années 1990. Le groupe se fait remarquer de plus en plus et leur son minimaliste rock teinté de blues fait penser alors à PJ Harvey ou The White Stripes, petit groupe qui commence à faire bien parler de lui. En 2003, après une tournée internationale, sort leur premier album Keep on Your Mean Side, remarqué par la critique musicale comme le magazine Rolling Stone qui salue leur « punk-blues sexy et postmoderne ». C'est à cette époque que je découvre le groupe en empruntant le CD à la Médiathèque de Jules Joffrin à Paris et j'accroche direct avec le son du duo britannique. Avance rapide, quelques albums plus tard, ils reviennent en 2016 avec l'album Ash & Ice et la puissante chanson Doing It To Death, sublimée par un clip goguenard et frimeur, à mi-chemin entre l'élégance des Peaky Blinders et la folie des Frères Coen.

L'américain DJ Shadow est une référence et un pionnier dans le secteur du hip-hop instrumental et expérimental. Comme on peut le voir dans l'excellent documentaire Scratch de Doug Pray, c'est un collectionneur fou de vinyls qui construit sa musique en assemblant des samples piochés dans tous les styles de musique possibles et imaginables. Dès 1992, il publie un premier EP sur le label Mo'Wax et s'associe avec les rappeurs virtuoses de Blackalicious. En 1996, il sort l'album culte Endtroducing... enregistré dans le studio de Dan The Automator. C'est un succès public et critique, l'album est certifié disque d'or et restera célèbre comme un des premiers albums entièrement et uniquement composé à partir de samples. Avec James Lavelle, ils créent U.N.K.L.E., projet collectif trip-hop qui réunit Thom Yorke de Radiohead, Geoff Barrow de Portishead, Mike D des Beastie Boys et quelques autres belles pointures de l'époque. En 2002, sort The Private Press son deuxième album avec le morceau Six Days dont le clip est signé Wong Kar-Wai, le réalisateur du film In The Mood For Love. 2016 est l'année de son cinquième album dont est issue la chanson Nobody Speak, portée par les voix du duo Run The Jewels. Le clash des lyrics prend une dimension particulière avec le clip phénoménal de Sam Pilling où on voit des politiciens se battre sauvagement lors d'un conseil solennel international. La chute du clip est hilarante.

Le DJ britannique Bonobo est un des pionniers de cette musique électronique lente, à la fois mélodieuse et expérimentale qu'on qualifie de downtempo. En 2000, il sort son premier album Animal Magic, qui ressort l'année suivante chez Ninja Tune, le label garantie excellence du trip-hop et de la musique électronique aventureuse des années 1990 (Amon Tobin, Coldcut, Mr Scruff, The Herbaliser...). Son troisième album Days to Come en 2006, avec Nightlite le titre chaloupé de la chanteuse Bajka est élu album de l'année par les auditeurs du Worldwide de Gilles Peterson, le brillant DJ de la BBC qui officie également en France sur Radio Nova. En 2010 sort le magnifique album Black Sands avec le titre The Keeper, chanson groovy d'Andreya Triana. En novembre 2016, sort le titre hypnothique Kerala avec un clip étonnant, petit chef d'œuvre de montage vidéo avec la belle actrice Gemma Arterton.

Michael Kiwanuka est une grande voix de la nouvelle soul anglaise. Fils de parents ougandais, il grandit dans le nord de Londres. Au début des années 2000, il découvre la musique d'Otis Redding et de Bob Dylan et décide de se lancer dans une carrière musicale solo, d'abord en tant que musicien puis en osant peu à peu chanter. Il fait ainsi la première partie de la chanteuse Adele. En 2012, il réussit grâce à Paul Butler, le chanteur du groupe australien The Bees à enregistrer son premier album Home Again, petit bijou entre soul et folk qui rappelle par moments Van Morrison, Terry Callier ou Bill Withers, où sa voix de velours soul fait des merveilles. Quiconque découvre cet album a la sensation d'écouter un classique des années 60, tellement les mélodies sont imparables, sa voix parfaite et le son d'une chaleur digne de l'époque des amplis à lampes et des bandes magnétiques. En 2016 sort Love & Hate un album soul d'une qualité hallucinante produit par Paul Butler mais aussi Danger Mouse (moitié du duo Gnarls Barkley). Le disque est élu par la presse musicale internationale comme un des meilleurs albums de l'année. Plusieurs de ses chansons sont utilisées dans la série The Get Down de Baz Luhrmann pour Netflix grâce à laquelle le chanteur collabore avec le rappeur Nas. Bref, un jeune prodige à suivre.

Jacques est un extra-terrestre dadaïste de l’univers musical, bruitiste-inventeur-sampleur-boucleur fou et génial. Il aime utiliser n’importe quel son et en faire un ingrédient musical. On peut le voir par exemple en faire la démonstration dans une hilarante séance atelier live-looping. Originaire de Strasbourg, autodidacte, fan de sonorités électroniques, il monte le collectif Pain Surprises avec des amis qui réussit un premier succès commercial en 2014 avec le groupe Jabberwocky qui leur permet de faire parler un peu du label. Au lieu de noyer le succès dans des fêtes mondaines, Jacques décide avec des amis d’ouvrir de squats d’artistes alternatifs sur la petite couronne de Paris, dans des anciens locaux RATP puis aux puces de St Ouen. Un jour, il se rase la tête, juste au milieu. Cette étrange tonsure devient une signature graphique qui va permettre d’attirer les curieux vers sa musique. En 2015, il sort l’EP Tout est Magnifique. Peu de temps après, il rencontre Charles Carmignac, le guitariste du groupe Moriarty qui avait proposé à Radio France de faire un jeu de piste avec des bruits de la Maison de la radio. De leur rencontre, naît le titre Dans La Radio, collage de bruits hétéroclites accompagné d’un clip bien barré à l’image de ce petit génie de l’électro organique.

Juliette Armanet est une chanteuse lilloise, pianiste autodidacte depuis l’enfance. Après une période de journalisme culturel, elle tente l’aventure de la scène musicale. En 2014, elle gagne le concours inRocks Lab sur une chanson qu’elle a composé, produit par le musicien électro Yuksek, l’Amour en Solitaire. Elle sort en 2016, l’EP Cavalier Seule où elle exerce un charme certain avec sa voix douce, ses paroles sensuelles et drôles et son jeu de piano qui fait songer aux premières chansons de Véronique Sanson ou Michel Berger.

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