ACCUEIL > Écouter > Musique > Le son de 2015

Le son de 2015

Le samedi 12 août 2017 à 16:04

Vous aimez cet article ? Partagez...

Alabama Shakes est un quatuor de blues-rock originaire… d’Alabama ! L’état d’Alabama est connu dans l’histoire du rock pour la polémique entre Neil Young et Lynyrd Skynyrd (Alabama vs Sweet Home Alabama). Mais ce sont de vieilles histoires du siècle passé, aujourd’hui l’Alabama est fièrement représentée par un groupe qui va nous secouer la pulpe. En 2012, Alabama Shakes fracassent la porte d’entrée des radios internationales avec Hold On. Au début, on se dit « petite ballade blues rock tranquille... » mais très vite la sauce prend, le ton monte et on est impressionné par la puissance vocale de Brittany Howard. Rarement depuis Janis Joplin, on avait entendu ce type de voix, pleine de soul, cette voix éraillée parfaite. Brittany Howard dit pour sa part que sa voix s’inspire de Bon Scott, le chanteur d’AC/DC. En 2015, Alabama Shakes revient avec un album génial : Sound & Color. Parmi tous les titres, le groupe a créé deux chansons brûlantes : Don’t Wanna Fight et Gimme All Your Love. La voix de Brittany est un vrai lance-flamme et la musique oscillant entre soul, blues et rock rappelle parfois Otis Redding, Aretha Franklin ou Led Zeppelin. Un groupe à suivre !

JP Manova commence à poser sa voix dès 1998 aux côtés d’Ärsenik et MC Jean Gab’1 sur l’album Liaisons Dangereuses de Doc Gynéco enregistré chez les Rita Mitsouko. Il a alors 17 ans et traîne souvent du côté de l’Hôpital Éphémère, un squat d’artistes du XVIIème arrondissement. Fan de rap, il écoute aussi de la chanson française (Brel, Barbara), de la soul (George Benson, Ike Turner), du jazz… Il traîne dans les soirées parisiennes et fait la connaissance de Mokless de la Scred Connexion, Ekoué de La Rumeur, avec lequels il devient ami. Il rencontre aussi à plusieurs reprises MC Solaar. Installé à Barbès depuis les années 1990, il habite près du studio Salam Aleykoum du groupe FFF. Il s’entend bien avec le chanteur Marco Prince, et squatte souvent au studio. C’est comme ça qu’il finit par y travailler. Il y découvre les machines, la régie, le logiciel Pro Tools… Mais il se méfie rapidement du milieu de la musique, de Skyrock, des maisons de disque et pendant des années, il préfère faire des petits boulots alimentaires. Comme ce n’est pas le rap qui remplit sa gamelle, il y gagne en liberté et peut prendre le temps d’affûter ses rimes, son flow. Il préfère garder son autonomie plutôt que rendre des comptes à des gens, des hiérarchies. En dehors du fait de rapper, il sait aussi composer, produire, faire l’ingénieur du son, le beatmaker. Pendant une quinzaine d’années, il continue à écrire, produire, mixer.Il apparaît ponctuellement sous le nom de J.P. Mapaula (son vrai nom) aux côtés de belles pointures du rap (Mokless, Ekoué, Rocé, Flynt…). En 2013, Rocé lui permet de s’affirmer en tant qu’ingé-son en lui demandant d’enregistrer et mixer son album Gunz n’Rocé. Sur cet album, il participe aussi en tant que rappeur au titre Actuel et sera invité régulièrement sur scène, lui permettant de se confronter à un public. Désormais sous le nom de JP Manova, le rappeur sort en 2015 l’album 19h07 qui va le propulser sur le devant de la scène musical. Il y produit ses sons et détonne par ses paroles pleines d’intelligence et de maturité. Il propose un rap cultivé et politique avec des morceaux puissants comme Sankara, évoquant ce chef d’état burkinabais anti-impérialiste et panafricaniste comparé par certains à Che Guevara. JP Manova est la belle révélation de 2015, pour en savoir plus je vous invite à lire l’excellent article du site abcrduson.

Lianne La Havas est née à Londres de père grec et de mère jamaïcaine. Elle se fait connaître en 2008 grâce au réseau Myspace. Elle est signée en 2010 par Warner Bros Records. En 2011, elle participe à l’émission de télévision britannique Later… With Jools Holland où est invité le chanteur américain Bon Iver. Elle fait sa première partie en décembre lors de sa tournée en Amérique du Nord. En 2012, Lianne La Havas sort son premier album Is Your Love Big Enough? avec le sublime titre Don’t Wake Me Up à la rencontre des chemins du gospel et de la soul. Les chansons de l’album sont presque toutes composées par Lianne La Havas elle-même avec parfois les chanteurs Willy Mason ou Matt Hales qui a produit l’album. Elle fait les premières parties d’Alicia Keys et participe en 2014 à une chanson sur l’album du groupe Alt-J. À la même époque, le chanteur Prince s’intéresse de près à elle et vient jammer dans le salon de sa maison à Londres. Il choisit également ce lieu pour annoncer à la presse la sortie de son nouvel album. Elle participera à quatre titres de son album Art Official Age et l’accompagnera au chant pour l’émission américaine Saturday Night Live. Elle reçoit les encouragements de Stevie Wonder et Jill Scott, fait les premières parties de Robert Plant, Erykah Badu. Inspirée par un voyage en Jamaïque avec sa mère, elle sort en 2015 l’album Blood produit par Matt Hales, le producteur jamaïcain Stephen McGregor (qui a travaillé pour Drake, Will.i.am, Shakira, Damian Marley, Sean Paul…), le producteur américain Mark Batson (Alicia Keys, Eminem, Seal…). On ne s’étonnera pas de la qualité de ce nouvel album, la voix de velours jazz de Lianne La Havas sublimée par les arrangements et orchestrations de ces producteurs reconnus de la scène musicale internationale. Mon coup de cœur de la nouvelle scène soul.

Faada Freddy est un chanteur et rappeur sénégalais. À partir des années 90, Faada Freddy fait partie du groupe de rap sénégalais Daara J. Le groupe a un certain succès et des tournées internationales lui permettent de faire la première partie de Wyclef Jean, Mos Def, Zebda, Ayo… En 2015, Faada Freddy décide de développer un projet personnel entre soul et gospel, l’album Gospel Journey, réalisé sans instruments de musique traditionnels à base de chœurs, d’imitations vocales d’instruments et de percussions de la main sur le corps amplifiés par des micros. Un mélange de gospel, de soul, de beatboxing et de doo wop. L’album contient de belles reprises de chansons méconnues puisant dans des répertoires éclectiques : folk (Alex Ebert - Truth), punk rock (Rise Against - Generation Lost), pop (Sia - Little Black Sandals)... Mon coup de cœur va en particulier à la chanson Lost, reprise d’une chanson de la chanteuse canadienne Grace qu’il transcende pour en faire un hymne gospel aussi puissant qu’un standard du répertoire spirituals.

Seasick Steve est un vieux briscard du blues rock. Ami de Janis Joplin et Joni Mitchell dans les années soixante, il fréquente une bande de bluesmen et rencontre un jour en Norvège celle qui va devenir sa femme. C'est là-bas qu'il trouve son surnom car il ne peut monter sur un bâteau sans avoir le mal de mer (seasick en anglais). Il fonde une famille en Norvège, a cinq enfants et décide de travailler comme ouvrier dans le bâtiment pour les nourrir. Dans les années 1980 et 1990, il s'installe à côté de Seattle et ouvre un studio d'enregistrement où il rencontre les groupes rock Modest Mouse et Bikini Kill et d'autres groupes de la scène locale rock et grunge. Un certain Kurt Cobain le prend en amitié. Par la suite, il essaye de gagner sa vie par la musique, chante dans le métro parisien. En 2004, il a une grave attaque cardiaque, sa femme le pousse à enregistrer ses chansons. C'est ce qu'il fera avec l'album Cheap enregistré avec des musiciens suédois. La chance est que le disque est remarqué par Jools Holland qui l'invite pour son émission du nouvel an 2007. C'est le début du succès et de la reconnaissance internationale. John Paul Jones, le bassiste de Led Zeppelin, participe en 2011 à l'album You Can't Teach an Old Dog New Tricks. En 2015, le vieux bluesman barbu sort l'album Sonic Soul Surfer salué par la critique et dépassant les 100 000 exemplaires vendus au Royaume-Uni.

Darwin Deez est un groupe d’indie pop new yorkais aussi créatif que drôle dans ses chansons comme dans ses clips tous plus barrés les uns que les autres. Mené par Darwin Merwan Smith et sa coupe de cheveux improbable, le groupe crée une pop rock parfois teintée d’électronique LoFi (sons 8bits dignes des jeux vidéos rétros et beats de boîtes à rythmes) dans une ambiance « fait à la maison ».

Nadine Shah est une chanteuse anglaise, auteur-compositeur-interprète de parents anglais et pakistanais. Elle est d’abord chanteuse de jazz dans le quartier Soho de Londres, inspirée par des chanteurs comme Cole Porter et Scott Walker. En 2013, hantée par la disparition de deux amis proche, elle se lance sur une nouvelle voie musicale, du côté d’un rock alternatif aux accents gothiques. Elle sort l’album Love your mum and dad, produit par Ben Hillier (producteur de Blur, Depeche Mode, The Maccabees, Villagers, Balthazar...). On pense à PJ Harvey, Patti Smith, Nick Cave... En 2015, elle sort un nouvel album Fast Food, en poursuivant dans le même sillon musical en s’intéressant cette fois aux histoires d’amour, certaines malsaines, d’autres grandioses et sereines. Par ailleurs, la chanteuse s’engage contre la xénophobie qui grandit en Europe à travers sa musique et ses actions associatives.

Jain est une chanteuse née à Toulouse. Elle grandit à Pau où elle s’initie à la batterie mais son père travaillant dans le secteur du pétrole, elle déménage à plusieurs reprises à Abu Dhabi et Dubaï (où elle découvre les percussions arabes) puis au Congo-Brazzaville. Là-bas, elle découvre la programmation musicale, les sampleurs et séquenceurs. Elle publie quelques maquettes sur Myspace qui sont repérés par Maxime Nucci (Yodelice). Ce dernier l’invite à Paris, elle va faire la première partie de sa tournée et ils font un duo dans l’émission Taratata de Nagui sur la Redemption Song de Bob Marley. Yodelice produit son premier EP avec la chanson Come qui a un grand succès en France et en Pologne où elle devient un jingle télévisé. La musique de Jain est une pop électro sucrée avec des influences diverses : reggae, reggaeton, traditionnelles africaines... Certaines chansons sont assez créatives en particulier lorsque les pistes de percussions mêlent des sons métalliques et synthétiques. En 2015, elle sort l’album Zanaka (qui signifie enfant en malgache – référence aux racines de sa mère). Jain chante en anglais et a des clips très créatifs réalisés par le duo Greg & Lio, deux réalisateurs français assez géniaux inspirés par Spike Jonze et Chris Cunningham. Mon coup de cœur va à la chanson Makeba avec ses cris « OuuuuWiiiii » qui résonnent comme des appels tribaux.

Voir aussi :