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Le son de 2014

Le jeudi 20 juillet 2017 à 21:30

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Royal Blood est un duo anglais (basse/chant +batterie) originaire de Brighton. En 2014, ils sortent leur premier album éponyme, et délivrent un rock noir cambouis garage, avec un son bien heavy à grosse compression. Dans leurs influences, les 2 anglais citent volontiers Queens of The Stone Age. On pense aussi aisément aux White Stripes. Ils vont rapidement faire les premières parties d’Arctic Monkeys, d’Iggy Pop et des Foo Fighters. Avec ce son étonnamment massif pour un groupe composée de 2 personnes, l’album Royal Blood est un concentré de titres en puissance.

L’album Sun Structure des Temples est un petit bijou de pop rock psychédélique. On pense aux Beatles période LSD, et parfois à Supergrass, le son a une saveur purement britannique en tout cas. Avec leurs allures de hippie, cheveux longs et vêtements amples, on pourrait penser à des nostalgiques des seventies, Led Zep, Doors et compagnie. Mais le quatuor a réussi à faire la synthèse parfaite entre les mélodies hallucinogènes des années Woodstock et le son heavy taillé pour les stades anglais.

Fakear est un petit surdoué du beatmaking onirique et poétique. Né à Caen, fils de profs de musiques, il passe par le ska punk, le rock avant de s’intéresser à la musique électronique. Ses goûts sont éclectiques, jazz, trip-hop, world alors il pioche ses samples un peu partout. Il découpe les syllabes avec le logiciel Ableton Live et armé de ses contrôleurs midi MPD, il mélange les morceaux et recrée un langage surréaliste et inconnu. L’exercice me fait penser à un cadavre exquis musical. Très influencé par Bonobo, le DJ anglais de la maison Ninja Tune, on retrouve ce même goût pour les atmosphères cotonneuses, les sonorités chill et les rythmes alambiquées. Un jeune artiste à suivre.

Benjamin Clementine est lui aussi un artiste anglais. Né à Londres, il déménage à Paris à l’age de 19 ans mais connaît des années galères où il joue dans les bistrots, dans les couloirs du métro et dort souvent dans la rue. Il compose ses propres chansons qu’il interprète avec beaucoup de force et d’émotion. Par chance, son talent est remarqué dans le métro parisien, il se produit par la suite au Festival de Cannes où il rencontre un homme d’affaires qui le soutient et lui permet de signer sur un label indépendant. Lors d’une émission de la BBC, il se produit aux côtés de Paul McCartney, Gary Clark Junior et des Arctic Monkeys. McCartney encourage Clementine à persévérer. Le chanteur se déclare un fan de Nina Simone, Nick Cave, Tom Waits mais s’intéresse aussi à Léo Ferré et Jacques Brel dont il découvre la poésie lors de ses années françaises. La stature géante et mince du personnage, son intensité, son interprétation théatresque, l’authenticité de sa démarche artistique sont tels que la critique et le public sont vite séduits.

Blitz The Ambassador a le génie pour marier le hip-hop à l’américaine avec les sonorités africaines. Né au Ghana en 1982, il se passionne pour le rap, biberonné par son grand frère aux albums de Public Enemy. Repéré en 2000 par un producteur ghanéen renommé, Blitz décide d’entrer l’année suivante à l’université de Kent aux États-Unis, dans l’Ohio. Il y fait des études de commerce et poursuit en parallèle sa carrière de rappeur. Il fait d’ailleurs la première partie d’un MC cultissime de la scène hip-hop... Rakim ! En 2004, il enregistre son premier album et part poursuivre son rêve de renommée à New York City. Il rappe avec des vrais musiciens, je veux dire avec des groupes qui jouent de véritables instruments comme le font depuis des années The Roots. Il n’a pas peur des mélanges et des limites imaginaires de styles musicaux. En 2011, on peut le voir en featuring sur l’album Tetra des DJ de C2C. Je le découvre en 2014 avec l’album génial Afropolitan Dreams où il mélange les sonorités africaines et soul américaines. Il s’entoure alors d’artistes renommés de la scène internationale : la star de l’Afrobeat Seun Kuti (le plus jeune fils du grand Fela), la diva béninoise Angélique Kidjo, la délicieuse chanteuse marocaine Oum, le rappeur français Oxmo Puccino… Un album rare avec des paroles authentiques. Du bon rap conscient, une qualité rare… un chef d’œuvre point barre. Africa is the future !

Goat est un ovni musical comme je les aime. Le groupe est originaire du nord de la Suède. En 2012, ils enregistrent un premier album. Le journal britannique The Guardian le cite comme l’un des meilleurs albums de l’année. Leur musique est une potion étrange et hétéroclite de musiques folkloriques aux influences africaines, sud-américaines, amérindiennes, le tout baigné dans un son rock psychédélique saturé. Cette sauce est assaisonnée d’effets sonores dynamiques et de percussions traditionnelles multiples. Ils composent leurs chansons dans une ambiance d’improvisation, et on s’approche souvent de la transe tribale des peuples ancestraux. La musique est ponctuée par des chants féminins (et quelques voix masculines) qui parfois deviennent des cris libérateurs avec une énergie punk. En 2014, ils sont signés par Sub Pop, le génial label de Seattle, celui de Nirvana, Iron & Wine, des Fleet Foxes. Cet album Commune est une invitation pour un voyage musical survolté dont on aurait effacé les frontières.

Feu ! Chatterton est un groupe parisien qui arrive à mêler paroles poétiques ciselées et musique rock innovante. À la première écoute, j’ai été séduit par ce chant aux accents de Bashung ou Ferré mais aussi par les thèmes des chansons qui sortaient de l’ordinaire. La Malinche évoque le sort tragique de cette amérindienne de l’ethnie nahua, esclave d’un chef maya offerte aux conquistadors espagnols, qui devint la maîtresse du redoutable Hernán Cortés. Dans un autre registre, ils parviennent à faire d’un fait divers pathétique - le naufrage du Costa Concordia – une chanson magnifique s’interrogeant face à l’absurdité du monde.

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