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Le son de 2011

Le samedi 15 novembre 2014 à 10:56

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En 2011, England is vintageKitty, Daisy & Lewis pilotent la timemachine direction les fifties. Look rockabilly, gomina et choucroute, chaussures de golf et robes à pois, les enfants Durham (1 frère, 2 sœurs) font de la musique comme au milieu du vingtième siècle. Ils revisitent avec délice le rock n’roll et le boogie avec quelques incursions au pays du ska. Pour situer un peu les personnages, on peut noter que Lewis, le guitariste, collectionne les vieux 78 tours de jazz et a construit leur studio d’enregistrement à l’ancienne avec des magnétophones à bandes et des micros vintage. Ils ont la vingtaine, rendent un bel hommage aux racines du rock avec un plaisir communicatif. C’est sans conteste mon coup de cœur de 2011.

Continuons dans le neo-vintage avec un voyage sur la Riviera britannique en compagnie de Metronomy. Joseph Mount sera notre guide, natif du comté de Devon au Sud-Ouest Angleterre. Dans le clip du morceau The look, on le voit jouer d’un instrument bizarre, qu’on prendrait volontiers pour un élément de décor de film de science-fiction genre THX 1138 de George Lucas. Il s’agit en fait d’un orgue Yamaha Electone EX-2 conçu en 1977. La sonorité du groupe a une saveur des années 1980 mais, mystérieusement, Metronomy arrive à créer une musique qui résonne avec les années 2010.

Anoushka Shankar est la fille du grand musicien indien Ravi Shankar, connu en Europe pour avoir initié le Beatles George Harrison aux joies du sitar. En 1966, Ravi Shankar avait également construit un pont avec la musique classique européenne dans un fameux album où il dialoguait avec le violoniste Yehudi Menuhin. En 2011, Anoushka montre qu’elle peut égaler le talent du maître en proposant un échange entre Espagne et Inde sous la forme d’un duo avec le pianiste flamenco Pedro Ricardo Miño. La demi-sœur d’Anoushka Shankar est la chanteuse Norah Jones.

Rover est un musicien voyageur. Né à Paris, enfance à New York, musicien punk au Liban… Physique de géant et sensibilité à fleur de peau, la présence du gaillard rappelle celle de Depardieu jeune. Il chante en anglais, d’une voix puissante qui n’hésite pas à s’aventurer dans les aigus avec souvent des accents à la David Bowie. Théâtral, lyrique, avec l’allure d’un poète romantique du XIXème siècle, Rover promène sa mélancolie dans un bel album à découvrir absolument.

Connan Mockasin est un extra-terrestre dans le monde musical. Originaire de Nouvelle-Zélande, Connan fabrique des objets musicaux non identifiés qu’on qualifierait volontiers de pop psychédélique. Avec sa musique onirique, navigant entre rêve et cauchemard, Mockasin est une sorte de poète surréaliste, cousin musical de David Lynch. Comme Beck, il fait partie des musiciens très influencé par l’album Melody Nelson de Gainsbourg & Vannier. On ne s’étonnera pas qu’il ait composé une chanson pour Charlotte Gainsbourg. Celle-ci l’a ensuite choisi avec son groupe pour l’accompagner en tournée. La musique de Connan Mockasin est bizarre, elle ressemble à une pop des sixties, entre lounge et rock, qu’on aurait écouté au fond d’une piscine avec quelques grammes d’alcool dans le sang. Il trafique sa voix et la musique à travers une flopée de filtres électroniques. Ses clips sont des bijoux de créativité à découvrir d’urgence.

James Blake est un jeune prodige. Fils de musicien, études musicales universitaires à Londres, son premier disque est repéré par le DJ Gilles Peterson. Il s’agit d’expérimentations électroniques qualifiées par les spécialistes de musique post dubstep. En 2011, il sort un album à l’instrumentation dépouillée mais extrêmement précise. Percussions électroniques, piano classique et il ose enfin utiliser sa voix. Le résultat est époustouflant. En revisitant Limit To Your Love de Feist (de l’album Reminder), il en extrait la substantifique moelle. La chanson est magnifiée et la voix ricoche contre les percussions synthétiques et les accords de piano. Sa voix fragile et le dépouillement musical peut faire songer à la richesse d’interprétation des musiciens folks. Un nouveau chemin d’expérimentation musicale qui mérite d’être exploré…

 

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