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Le son de 2010

Le samedi 1 novembre 2014 à 10:26

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Mulatu Astatke est un musicien éthiopien né en 1943, connu comme étant le père de l’Éthio-jazz, fusion entre la musique pentatonique éthiopienne (gamme de 5 notes) et la musique occidentale à 12 notes. Longtemps inconnu du public occidental, les choses changent en 2005. Le réalisateur Jim Jarmush utilise trois de ses thèmes musicaux pour illustrer le film Broken Flowers (avec l’acteur Bill Murray) dont le titre Yegelle Tezeta, enregistré en 1972. En 2010, le rappeur américain Nas et le chanteur jamaïcain Damian Marley (un des fils de Bob) samplent Yegelle Tezeta pour leur titre As We Enter. Cette reprise permet à des millions de paires d’oreille de découvrir les notes fascinantes de la musique éthiopienne. Le groupe The Souljazz Orchestra enregistre la même année Negus Negast, morceau génial, à la fois moderne avec une rythmique presque hip-hop et fortement influencé par la musique de Mulatu Astatke. Le titre de cette chanson, signifie Roi des Rois, le titre officiel de l’Empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier considéré comme le messie par les rastafaris.

Yael Naïm est une chanteuse franco-israélienne. Née à Paris, elle grandit en Israël, se passionne pour la musique classique, étudie le piano au conservatoire. En 2000, elle revient en France et est rapidement repérée par EMI puis Elie Chouraqui qui l’engage dans la comédie musicale Les Dix Commandements. Faire ses premiers pas dans une comédie musicale de Pascal Obispo, la malheureuse commençait mal sa carrière. Heureusement, la jeune chanteuse réussit à rebondir quelques années plus tard grâce à sa rencontre avec David Donatien, percussionniste et producteur. La chanson New Soul, bluette pop un peu répétitive est récupérée dans une publicité Apple et la fait connaître du grand public. Comme souvent dans l’industrie musicale, le titre le plus connu n’est pas le plus représentatif du talent de la chanteuse. Sur le même album, on peut trouver par exemple une chanson d’amour à Paris en hébreu et en français, délicieuse, pleine de fraîcheur. En 2010, avec l’album She was a boy, Yael Naïm démontre enfin son grand talent de compositrice et de pianiste avec le morceau My Dreams, mélancolique, fantômatique et déchirant, produit de main de maître par Donatien avec de beaux effets vibrato et un son de Mellotron digne du Strawberry Fields Forever des Beatles.

Sophie Hunger est un chanteuse suisse-allemande. Elle enregistre en 2006 un premier album auto-produit Sketches on Sea (un titre en clin d’œil à Jeff Buckley) en langue anglaise et allemande, mi-folk mi-jazz au style assez dépouillé. En 2009, elle enregistre un second album Monday’s Ghost, plus rythmé, plus complexe, avec quelques belles pépites pop-rock dont le titre Round and round. Son duo avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz démontre enfin la puissance d’interprétation de la chanteuse bernoise.

Arcade Fire est un groupe canadien de rock indépendant particulièrement intéressant. Au niveau musical, le groupe se démarque par son mélange singulier entre richesse harmonique et puissance scénique. Les musiciens d’Arcade Fire se font connaître dès 2004 avec l’album Funeral. L’album crée la surprise, reçoit des critiques dithyrambiques, est encensé par David Bowie, le magazine Pitchfork et fait la une de Time magazine. En 2007, ils sortent leur deuxième album Neon Bible avec la chanson My Body Is A Cage, vite reprise par Peter Gabriel qui en donne une version symphonique, cinématographique et épique. On notera que cette reprise sera utilisée dans un épisode de la série télévisée Dr House pour illustrer la dépendance du héros à la codéïne. En 2009, Arcade Fire participe à l’album caritatif Dark was the night avec Sufjan Stevens, Feist et la crème du folk rock indé. En cette belle année 2010, le groupe enregistre un nouvel album The Suburbs dont la chanson éponyme est illustrée par un clip de Spike Jonze (un des meilleurs réalisateurs de clips avec Michel Gondry).

Je suis un fan de soul des 60s et 70s mais rares sont les artistes de RnB modernes qui retiennent mon attention. Janelle Monáe est malgré tout un phénomène qui ne pouvait pas me laisser insensible. Son titre Tightrope entendu sur Radio Nova m’a tout de suite accroché. Sa rythmique imparable, l’énergie de la chanteuse, je n’avais pas entendu ça depuis le Hey Ya d’Outkast. C’est justement grâce à sa rencontre avec Big Boi d’Outkast, puis de Sean Combs (Puff Daddy) que la jeune étudiante surdouée de l’American Musical and Dramatic Academy voit sa carrière décoller. Les deux producteurs soutiennent la chanteuse qui s’entoure de ses amis Irvin III et Joseph II, musiciens surdoués rencontrés sur les bancs de l’école. Ils leur offrent une belle liberté d’enregistrement qui leur permet d’exprimer à fond leur créativité. Le résultat est l’album The Archandroid, science-fiction musicale qui explore le futur du RnB dans un space opera baroque brouillant les frontières de la musique et du temps.

Asa est une chanteuse nigériane, auteur-compositeur-interprète particulièrement douée. En 2006, elle signe un contrat avec la maison de disque Naïve. Son album sort l’année suivante avec la participation de Magic Malik, flûtiste de jazz connu du grand public pour être un des musiciens de la troupe du chanteur -M-. L’album contient une poignée de tubes dont Jailer et Fire On The Moutain qui séduisent rapidement les radios. L’album en anglais et yoruba est vendu à plus de 300 000 exemplaires et obtient le prix Constantin. Son deuxième album, Beautiful Imperfection sort en 2010. Il contient une chanson en yoruba, Broda Ole, à la musique sautillante qui contraste ironiquement avec le thème de la chanson. En effet, la chanson raconte les paroles d’une mère qui réprimande un voisin, connu dans le quartier pour être un trafiquant en tous genres. La mère voit que ses enfants partent en vrille, lui parlent de plus en plus mal, elle blâme le voisin de l’influence qu’il a sur eux. La colère de la mère fait rire le voisin, ce qui la rend furieuse, elle s’écrie qu’il sera un jour puni de tout le mal qu’il fait, que ce n’est qu’un bon à rien… Tout ça sur une musique dansante qui nous démontre qu’on peut faire des chansons sérieuses, traiter de thème sociaux sur des rythmes joyeux. Une nouvelle forme d’Intelligent Dance Music ?

La Maison Tellier est un groupe de folk-country français aux racines normandes. Parmi les musiciens, on remarque un joueur de banjo agile capable de rivaliser avec les bluesmen du Tennessee et un trompettiste nourri à la musique d’Ennio Morricone qui donne au groupe un air de cousin français de Calexico. On trouve ici et là des clins d’oeil aux films Dead Man et le Big Lebowski. Dans cette ambiance entre taverne blues et western spaghetti, le chanteur interprète des textes ciselés, teintés de voyage sur les routes poussiéreuses du Nevada, de recherche de liberté ou évoquant la peur des étrangers dans les petits villages. La Maison Tellier est selon moi, le meilleur groupe folk de France, ne pas hésiter à les voir en concert.

Enfin, cerise sur le gâteau de la chanson folk, le trublion Féloche chante La Vie Cajun et nous apporte avec sa petite mandoline les mélodies des bayous de Louisiane mélangées avec des boucles électros. Il déboule dans nos radios avec la chanson Darwin avait raison, ovni musical aux paroles hilarantes. Il fait même un duo étonnant et vaudou avec Dr. John, chanteur soul funk de la Nouvelle Orléans. Un artiste à suivre…

 

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