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Le son de 2008

Le samedi 4 octobre 2014 à 13:26

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Quelques accords de guitares ouvrent la marche, des voix éthérées résonnent en harmonie, ainsi débute l’ascension des « montagnes aux crêtes bleues » avec les Fleet Foxes. Cheveux longs, chemises à carreaux et barbes fournies, ils ressemblent à des hippies des forêts. Robin Pecknold, le chanteur trace la route, guitare en bandoulière, suivi de près par ses compagnons de musique portant guitare, mandoline, basse et percussions. Ces bardes du nord-ouest des États-Unis viennent de la grande ville de Seattle mais on les imagine volontiers vivant dans une cabane perdue derrière une forêt de sapins au bord d’un lac de montagne. Reprenant la voie tracée dans les années 1960 par Simon & Garfunkel ou Buffalo Springfield, les Fleet Foxes arpentent les routes du monde, apportant le cadeau de leurs voix mélodieuses avec bienveillance et humilité. À la maison Virgin, ils ont préféré le label indépendant Sub Pop qui a accompagné le groupe Nirvana dans les années 1990. J’ai eu le bonheur de les voir en concert au Grand Rex de Paris en 2009, ce moment restera longtemps l’un de mes meilleurs souvenirs musicaux.

Emilíana Torrini est une chanteuse islandaise qui se promène dans le paysage pop folk avec une voix de jeune fille facétieuse. Je suis son itinéraire depuis 2001 où j’ai été charmé par sa voix singulière sortant de l’autoradio d’un ami. Chantant la majorité de ses chansons en anglais, elle sera choisie par Peter Jackson en 2002 pour interpréter la Chanson de Gollum dans le film Le Seigneur des Anneaux : les Deux Tours. D’abord flirtant avec la musique électronique, collaborant un temps avec le groupe islandais Gus Gus, elle chante aujourd’hui une pop acoustique aux accents folks où viennent parfois s’immiscer quelques boucles électroniques bien senties qui font du gringue aux Pink Floyd et autres amateurs d’apesanteur musicale.

Hugh Coltman est un gentleman anglais établi depuis 1999 à Paris. Quand il se met à chanter de sa voix calme et veloutée, il lui suffit d’un ukulélé ou d’une mandoline pour conquérir n’importe lequel des publics. Conteur des destinées contemporaines, chanteur pop folk se frottant parfois au jazz rock avec l’aide d’un bon vieux Fender Rhodes ou d’un orgue Hammond, le garçon fait partie des chanteurs qui mériteraient plus de lumière médiatique au regard de son talent de mélodiste et d’auteur. Il mériterait aussi qu’un bon réalisateur lui propose un clip digne de sa musique. Un talent à suivre…

Vampire Weekend est un jeune groupe américain atypique. Il est né de la rencontre entre quatre étudiants en musicologie. Il créent une étonnante musique pop rock métissée avec des rythmes africains et caribéens, à la manière de Paul Simon sur son album Graceland en 1986. Avec leurs allures de jeunes minets new-yorkais propres sur eux, les quatre musiciens étonnent par l’inventivité de leur musique qui contraste avec la naïveté de leurs voix adolescentes. Sur la chanson Cape Cod Kwassa Kwassa, ils citent le nom de Peter Gabriel, musicien et chanteur qui a beaucoup œuvré pour la diffusion des musiques du monde via son label Real World. Ce dernier ayant aimé la chanson leur a fait l’honneur de la reprendre accompagné par les DJ du groupe anglais Hot Chip.

Black Mountain est un groupe de rock psychédélique canadien basé à Vancouver. En 2008, ils signent l’album In the future qui contient la chanson fleuve Bright Lights. Ce morceau de plus de seize minutes est une odyssée psychédélique fortement marquée par l’influence des Pink Floyd un peu comme la chanson Again du groupe Archive en 2002. Elle contient également des passages hard rock qui évoquent Led Zeppelin. Autant dire que ça envoie de la patate électrique. L’illustration abstraite de la pochette est un hommage du claviériste de Black Mountain au travail de Storm Thorgerson, le graphiste des Pink Floyd. Preuve en est qu’ils vouent un culte au groupe de David Gilmour et Roger Waters.

Mark Lanegan est un type étonnant. Vieux routard du rock alternatif, il a formé en 1989 le groupe éphémère The Jury avec Kurt Cobain, les deux compères réunis par leur passion pour le blues du chanteur Leadbelly (l’auteur de la ballade Where Did You Sleep Last Night, reprise par Nirvana sur le fameux album Unplugged). Ensuite, il devient l’un des pionniers du grunge avec son groupe (méconnu) The Screaming Trees avant de rejoindre le groupe de heavy metal Queens of the Stone Age en tant que troisième chanteur. C’est alors une surprise de le croiser en 2008, aux côtés d’Isobel Campbell, chanteuse échappée du groupe Belle & Sebastian, les boyscouts de la musique pop-folk. La voix rocailleuse du vieux brigand donne un relief particulier aux chansons ciselées de la chanteuse écossaise. Les deux complices s’amusent même à reprendre Sand de Lee Hazlewood & Nancy Sinatra, clin d’œil bienvenu lorsqu’on songe à la ressemblance entre les deux duos. L’album est un bel ouvrage de rock classique, contenant quelques ballades hypnotiques où il nous semble croiser des cowboys mélancoliques s’effaçant lentement dans les mirages ambrés.

 

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