ACCUEIL > Écouter > Musique > Le son de 2007

Le son de 2007

Le lundi 29 septembre 2014 à 19:54

Vous aimez cet article ? Partagez...

2007, le folk de Bob Dylan ou Nick Drake flotte à nouveau dans l’air du temps et l’Amérique nous fait découvrir quelques représentants de cette tendance néo-hippie qui voit multiplier dans les rues les jeunes filles bohèmes et les bûcherons barbus à chemises à carreaux. C’est l’année de Bon Iver, Alela Diane ou Mariee Sioux. Quant à Devendra Banhart, il brouille les pistes et troque son rôle d’ermite des forêts pour créer une musique cosmopolite et bigarrée, chantant la samba jusqu’à Bollywood pour séduire la belle Natalie Portman. C’est aussi l’année du formidable film I’m Not There (avec Cate Blanchett, Christian Bale, Heath Ledger) en hommage aux multiples personnalités du chanteur Bob Dylan.

Le folk séduit aussi une nouvelle génération de musiciens français à l’image des groupes Cocoon ou Moriarty. Moriarty tient son nom de Dean Moriarty, le héros du roman On The Road de Jack Kerouac, figure emblématique de la beat generation (et non du professeur Moriarty l’ennemi mortel de Sherlock Holmes). Grâce au soutien des metteurs en scène de théâtre Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, ils enregistrent un disque chez Naïve, portés par la voix de la chanteuse franco-américaine Rosemary Standley. Avec le talent des musiciens pour l’harmonica, le banjo, la guitare et le dobro, le jeune groupe arrive à obtenir un son qui nous transporte dans une Amérique fantasmée peuplée de cowboys, de hobos et de locomotives à vapeur. La chanson Cottonflower, introduite sur l’album par un magnifique morceau atmosphérique à la Neil Young, est un petit bijou de musique folk.

Pour découvrir un folk plus actuel, il faut écouter la musique de Fink. Issu du milieu électronique, signé sur le prestigieux label Ninja Tune, l’anglais Fin Greenall réussit à créer un pont entre folk traditionnelle tendance Nick Drake et électronique downtempo tendance Massive Attack grâce à de savants arpèges de guitare et des rythmes de batterie syncopés. Ce rapprochement entre ces deux styles n’est pas le premier, en 2003 le chanteur folk suédois José González collaborait avec le groupe électronique Zero7. Il enregistre en 2007 la chanson Teardrop de Massive Attack dans une version acoustique qu’on retrouvera plus tard dans un épisode de la série télévisée Dr House. C’est une démarche comparable que poursuit le musicien Ben Cooper alias Radical Face qui façonne dans son garage des chansons indie-folk.

Dans un autre style, 2007 est aussi l’année d’un nouveau phénomène hip-hop un an après Socalled. Avec une rythmique originale (violoncelle + cloches), Wax Tailor crée le terrain de jeux idéal où peut venir ricocher le flow élastique des rappeurs d’A State of Mind. Wax Tailor est un DJ français, ancien animateur de radio associative à Mantes-La-Jolie, il explore le trip-hop et le breakbeat. Bientôt, il décide de travailler avec de véritables instruments de musique, un hip-hop orchestral à la manière des Roots. En mélangeant ces sons organiques avec des samples groovy, il crée un univers poétique et urbain. La curiosité sonore du DJ lui permet de dénicher des samples magistraux chez des artistes méconnus comme le génial Galt MacDermot, compositeur de la fameuse comédie musicale Hair. Sur l’album Hope&Sorrow, il invite Sharon Jones, la nouvelle reine de la soul américaine.

Côté rock, The Go! Team est un groupe anglais mené par Ian Parton, musicien bricoleur qui s’amuse à mélanger des samples improbables. En mélant les chants d’encouragements d’un groupe de Double Dutch (discipline urbaine américaine, mélange de breakdance et de corde à sauter) avec les trompettes héroïques du compositeur Bruno Nicolai, il parvient à créer Keys To The City, un tube rock plein d’énergie malgré un son lofi qui semble sortir d’une cassette audio des années 90. La chanson a inspiré de jolis clips amateurs que je vous invite à découvrir dans le tableau Pinterest situé en fin d’article.

Cette année, l’étonnant Nick Cave fait un retour tonitruant sur le devant de la scène. Les géniaux Bad Seeds font hurler les guitares et les orgues, créent des ambiances fantomatiques, bruitistes (que ne renieraient pas Tom Waits ou JJ Cale) et on croit entendre les pas des vampires des bayous de Louisiane. Quand on s’éloigne des brumes hypnotiques des mangeurs de lotus baudelairiens, c’est pour s’aveugler aux lumières crues des cabarets louches où Nick Cave affublé d’une méchante moustache joue tour-à-tour le prédicateur apocalyptique, le conteur halluciné, la rock star mégalo… Par moments, le chanteur se montre plus humble et mélancolique. Le résultat est d’une beauté rare comme le montrent les titres Hold On To Yourself ou Jesus Of The Moon.

Enfin, parce que la musique n’a pas de frontières, des Montpelliérains marchent dans les pas du Souljazz Orchestra et de Fela Kuti. Le groupe Fanga incarne une nouvelle forme d’afrobeat (mélange de funk et de musique traditionnelle africaine) grâce au chanteur Korbo, rappeur français originaire du Burkina Faso, qui décide de chanter ses chansons en dioula, dialecte mandingue de sa région natale. Le groupe crée un afrobeat européen influencé par les sonorités hip-hop et collabore avec Tony Allen, le batteur légendaire de Fela Kuti. Il va vite tisser des liens avec les nouveaux représentants de l’afrobeat du XXIème siècle (Antibalas, Kokolo, Souljazz Orchestra…).

 

Voir aussi :