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Le son de 2006

Le samedi 20 septembre 2014 à 10:36

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2006, Socalled, un DJ de Montréal arrive sur les ondes en mélant le folklore juif et la musique hip hop. À première vue, le garçon étonne, lunettes de geek et regard déjanté, on pourrait croire à l’enfant caché entre Woody Allen et Krusty le clown. On découvre vite que c’est un musicien génial qui nous permet de découvrir tout un pan méconnu de la musique : les chants et sons traditionnels des juifs d’Europe de l’Est. En concert, il s’associe à David Krakauer génie de la clarinette klezmer et Fred Wesley tromboniste de funk, ancien leader des J.B.’s (l’orchestre de James Brown).

Un peu plus au Sud, aux States, rencontre au sommet, l’excellent groupe de rap Jurassic 5 au flot élastique samplent les Dap Kings, les musiciens de Sharon Jones. Le résultat est bouillant et en anglais ça se dit Red Hot !

Les mêmes Dap Kings associés au producteur Mark Ronson permettent à la chanteuse anglaise Amy Winehouse de trouver le son idéal pour propulser sa carrière au niveau international. Avec leur son groovy des années 60 plus la dégaine retro de Winehouse avec son chignon en choucroute, on croit entendre une pépite inconnue de soul millésimée. La môme est un personnage, c’est d’abord une voix puissante et ironique qui rappelle la grande Esther Phillips, ce qui étonne pour une chanteuse si jeune. Et puis, avec ses tatouages criards et ses multiples addictions (alcool, stupéfiants en tout genre), elle incarne malgré elle une certaine image de la rock star qui fait les beaux jours des tabloïds anglais à la manière de Pete Doherty des Libertines.

En France, Rocé propose un rap intelligent et adulte qui faisait défaut depuis de nombreuses années. Revenant aux racines politiques du rap dans la chanson Chante La France, Rocé cite des personnages au destin passionnant comme Olympe de Gouges (une des premières féministes de France) ou Aimé Césaire (poète fondateur du mouvement littéraire de la négritude). Il tend un miroir au pays qui l’a vu grandir, lui rappelant que l’identité française est multiple et métissée. Dans cette chanson, il nous raconte aussi l’histoire de son père Adolfo Kaminsky, au parcours singulier qui pourrait faire l’intrigue d’un fabuleux film d’espionnage. Né en Argentine en 1925 de parents juifs russes, le jeune Adolfo débarque en France en 1932. Pendant la deuxième guerre mondiale, il entre à 17 ans dans un laboratoire clandestin de la résistance française où il fabrique des faux papiers et contribuera à sauver la vie de nombreuses personnes. À la libération de Paris, il est engagé par les services secrets militaires français mais démissionne au moment de la guerre d’Indochine pour ne pas collaborer à la guerre coloniale. Entre 1945 et 1971, il continuera à fabriquer clandestinement des faux papiers pour soutenir les luttes anti-coloniales du monde entier dont le FLN algérien. Fils d’un juif argentin blanc et d’une musulmane algérienne noire, le jeune Rocé est le fruit d’un formidable métissage. Il ne rentre dans aucune case où voudrait le coller la sociologie de bas étage : « Avec ma tête de métèque, de juif errant, de musulman, ma carte d’identité suspecte, d’étudiant noir, de rappeur blanc (…) Arabe loin d’SOS Racisme, et juif très loin d’Israël ». Libre donc il reste et fait souffler sur le rap un vent de fraîcheur loin des clichés blingbling du gangsta rap.

Forro in the dark est un groupe newyorkais de musiciens originaires du Brésil et du Salvador. En 2006, ils invitent sur leur album la chanteuse brésilienne Bebel Gilberto et l’écossais David Byrne (ex Talking Heads). Mais ce qui a retenu mon attention est un morceau extraterrestre nommé Indios do Norte qui ressemble au thème de South Park joué par des indiens d’Amérique du Sud.

Pendant ce temps, une bande de gamins surdoués ajoutent leur pierre au rock des années 2000. Sous le nom d’Arctic Monkeys, le chanteur anglais Alex Turner et son groupe signent un album de garage rock qui fricote avec le punk et font pêter les compteurs des ventes de disque. L’album Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not sera en effet vendu à plus d’un millions d’exemplaires rien qu’au Royaume-Uni.

Enfin, les canadiens du Souljazz Orchestra enregistrent un cultissime album afro-beat (à la manière de Fela Kuti) qui fera danser les amateurs de musique africaine en délivrant un message d’espoir et de résistance aux despotes du monde entier.

 

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