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Le son de 2004

Le dimanche 31 août 2014 à 12:02

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2004, une nouvelle explosion dans le monde du rock, le groupe Franz Ferdinand. Quatre écossais de Glasgow dégainent leurs guitares et sortent un disque hyper-efficace avec une avalanche de tubes en puissance. La musique est à la fois résolument rock dans ses rafales électriques et joyeusement festive. Entrainés par la rythmique binaire de la batterie, les quatre larrons parcourent un chemin rarement exploré à mi-chemin entre rock et disco. Le disco est un enfer musical pour les puristes du rock, il suffit de repenser à la fronde des fans des Rolling Stones quand Mick Jagger a enregistré la chanson Miss You. Malgré ça, la sauce prend, renforcée par deux clips inventifs qui installent le groupe dans une esthétique de collages géométriques à la manière du début du vingtième siècle (dadaïsme français + Bauhaus allemand + constructivisme soviétique).

Seu Jorge est né au Brésil et enregistre dès 2001 un album influencé par la musique de Jorge Ben Jor (génie de la musique populaire brésilienne – MPB – compositeur entre autres de Mas Que Nada) et Gilberto Gil (compositeur de Toda menina baiana qui fut Ministre de la Culture de Lula). En 2002, il joue dans le film La Cité de Dieu qui le fait connaître du public international. Son deuxième album, Cru, sort en 2004 et est diffusé à l’international où il rencontre un beau succès. Coup de pouce dans sa carrière, Seu joue dans le film La Vie Aquatique de Wes Anderson où il reprend en portugais des classiques de David Bowie. Joyeuse conséquence, Willem Dafoe et Bill Murray soutiennent l’artiste et apparaissent dans le clip de Tive Razão. Cette chanson est une merveille de musique tropicale avec ses mélopées hypnotiques et ses accords de cavaquinho (petite guitare portugaise, ancêtre du ukulélé hawaïen). Sur l’album Cru, Seu Jorge reprend Chatterton, une vieille chanson de Serge Gainsbourg qu’il adapte avec des références à l'histoire du Brésil.

En 2004, la Russie envahit les États-Unis sous les traits délicieux de Regina Spektor, chanteuse née à Moscou en 1980. En 1989, la famille de Regina profite de la Perestroïka pour fuir la Russie et s’installer à New York dans le quartier du Bronx. Excellente pianiste, elle étudie à la Manhattan School of Music, se passionne pour Joni Mitchell et Ani DiFranco et, suivant leur exemple, compose elle-même ses chansons. En 2001, elle rejoint la scène anti-folk initiée par Ani Di Franco et The Moldy Peaches. L’anti-folk est une démarche punk avec des guitares acoustiques. La volonté est de faire du Lo Fi (low fidelity, inverse du Hifi), de ne pas envelopper la musique par une belle production studio mais garder la spontanéité et la créativité d’un enregistrement sur magnétophone dans une chambre. Cette période lui permet d’exprimer sa créativité débordante, elle fait la tournée des bars et vend ses disques auto-produits lors des concerts. En 2004, elle est repérée par Warner qui lui offre l’opportunité d’un enregistrement studio digne de son talent. Sous le titre Soviet Kitsch, la jolie rouquine débarque dans le paysage international en jouant avec les clichés soviétiques. La particularité de ce disque est la fraîcheur et la spontanéité de Regina Spektor avec une écriture qui rappelle les premiers albums de Fiona Apple. Mais Regina a un truc en plus, elle est joyeusement déjanté, il suffit d’écouter le morceau Your Honor, délire punk interprété avec le groupe Kill Kenada.

Devendra Banhart est un chanteur américain qui a grandi au Venezuela. Sa mère est vénézuélienne et son père américain. Influencés par un leader religieux qu’ils suivent à l’époque, ils prénomment leur fils Devendra, en hommage à Indra (roi des dieux hindous) ainsi que Obi en hommage à Obi-Wan Kenobi. Le fils suit alors le chemin du parfait hippie : il étudie les arts à San Francisco, se laisse pousser les cheveux, fait sa première apparition scénique lors d’un mariage gay à l’église. Quelques années plus tard, il décide de décoller à Paris où il fait la première partie de Sonic Youth. Il rejoint bientôt les États-Unis, San Francisco et Los Angeles où il est remarqué par le label Young Gods Records qui lui permettra d’être diffusé plus largement. Influencé par Vashti Bunyan et Caetano Veloso, sa musique est une folk dépouillée aux accents psychédéliques à l’image de son look de l’époque (cheveux longs, longue barbe et troisième œil peint sur le front). Son interprétation singulière le fait classer dans le courant freak folk (folk bizarre, insolite). En 2004, ses deux albums Rejoicing in the Hands et Niño Rojo sont salués par la critique internationale (dont Pitchfork et les Inrockuptibles).

Sufjan Stevens est l’autre belle surprise de 2004. Le garçon est né à Détroit dans le Michigan, capitale de la production automobile jusqu’à la fin du vingtième siècle et berceau du mythique label Motown de Berry Gordy, temple de la musique soul. Lui aussi a eu des parents portés sur la chose religieuse qui l’ont baptisé Sufjan en hommage à Abu Sufjan, important personnage de l’histoire islamique. Lors de ses études, il apprend la guitare, le banjo, le piano, le hautbois, le cor anglais. En 2000, il enregistre un premier album assez confidentiel mais richement orchestré sur le label Asthmatic Kitty fondé avec son beau-père. Il enregistre un deuxième album d’expérimentations electronica avant de se lancer dans un projet un poil ambitieux. En 2003, il décide de composer un album pour chaque état des États-Unis qu’il débute avec l’album Michigan en hommage à sa région natale. Cet album rencontre un beau succès critique qui lui permet de sortir Seven Swans, album folk intimiste mélant références bibliques et expériences personnelles. 

 

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