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Le son de 2002

Le samedi 23 août 2014 à 11:33

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2002, un DJ américain de l’Oregon au nom de robot spacial atterrit sur les ondes. RJD2 sort le tube Ghostwriter, ritournelle groovy, au son vintage sur un battement trip-hop qui va bien. En Californie, le redoutable DJ Shadow sort la bombe Six Dayspour laquelle le réalisateur Wong Kar-Waï signe un clip magnifique, sensuel et coloré.

Meanwhile in Liverpool, de jeunes lascars anglais débarquent avec Dreaming of You, un tube pop-rock au clip délirant quelque part entre Supergrass et le 70s show. La chanson est tellement bien que Pete Doherty & Carl Barât des Libertines s’amuseront à lancer la rumeur que c’est eux qui ont créé la chanson et l’ont vendu au jeune groupe. Pour l’anecdote, notons qu’elle a été utilisée dans un épisode de la série Scrubs.

Non loin de là, Beth Gibbons du groupe Portishead s’essaye à l’aventure solo. Sur le titre Romance, Beth a une voix aux accents de Billie Holiday sur une bande-son de Rustin Man (alias de Paul Webb, ancien de Talk Talk) où les cuivres sourds évoquent les grandes heures de John Barry.

Une jeune chanteuse à la plume et au caractère bien trempés est remarquée par les programmateurs musicaux de Radio France. Elle s’appelle Camille, elle a une technique musicale impeccable et a bien des choses à nous dire et à nous chanter. Son disque Le Sac des Filles est une belle découverte dans le paysage de la nouvelle Chanson française.

Cette année est aussi l’arrivée de Vincent Delerm qui, malgré une voix un poil agaçante (façon Brigitte Bardot mal peignée avec une barbe), apporte à la Chanson une écriture singulière et amusante ponctuée d’observations minutieuses sur de belles mélodies au piano.

Alain Bashung, quant à lui, sort un album sombre et magnifique avec un univers entre Baudelaire et Edgar Alan Poe. Il joue les alchimistes, il prend son temps sur de longues chansons magiques en s’associant une nouvelle fois à Rodolphe Burger (un sacré sorcier de la matière sonore) pour mieux nous enchanter, pour mieux nous envoûter. Le chanteur roulent les mots comme des amulettes, la voix répète les formules poétiques en leur donnant un caractère éternel et prophétique.

Changement de lumière, un duo électro marseillais imagine l’album Doubts & Convictions. Sous le nom de Troublemakers, les DJ Lionel Corsini et Arnaud Taillefer créent une bande-son électrosoul et cinématographique. Ils poussent même la curiosité créative jusqu’à sampler la voix de Jean-Pierre Léaud dans un film de Philippe Garrel.

La chanteuse Ani Di Franco rend un magnifique hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001 sur Self Evident, une longue chanson entre jazz, rap et spoken word, un chant de révolte contre l’Amérique de Bush Jr. et des néo-conservateurs.

Un magnifique chanteur soul au physique d’ogre s’associe à Van Morrison, Bob Dylan, Brian Wilson, Elvis Costello et Tom Waits pour un retour triomphal sur le devant de la scène internationale. Solomon Burke, auteur de la mythique chanson Everybody Needs Somebody to Love des Blues Brothers, vient évangéliser les foules avec le charisme du gospel. La chanson None of us are free avec les fabuleux Blind Boys of Alabama et un bon vieil Hammond des familles touche droit au but et file le frisson. Elle sera utilisée quelques années plus tard pour illustrer les souffrances du Dr House dans la série du même nom.

Pour couronner cette année étonnante, le groupe anglais Archive fait un clin d’œil aux Pink Floyd avec la chanson Again, un chef d’œuvre électro-rock de 16 minutes à couper le souffle.

 

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