ACCUEIL > Écouter > Musique > Le son de 2000

Le son de 2000

Le vendredi 18 juillet 2014 à 20:43

Vous aimez cet article ? Partagez...

2000, Jennifer Charles descend lentement les Elysian Fields. Mais prend garde voyageur ! La nymphe règne sur des fleurs carnivores. Sur Bend Your Mind, avec la batterie qui claque comme un fouet, la New Yorkaise joue les chanteuses de cabaret tendance rock et cuir noir. Sur Black Acres, elle enveloppe un texte méconnu d’Edgar Allan Poe d’un écrin de sensualité inattendu. Vamp gothique, elle joue du velours de sa voix pour faire vibrer la noirceur des textes, accompagnée par la musique du génial Oren Bloedow qui n’a pas son pareil pour dresser une atmosphère. Nick Cave et ses Bad Seeds n’auraient pas fait mieux.

Cette année d’ailleurs, Johnny Cash chante une chanson de Nick Cave, The Mercy Seat, qu’il magnifie avec sa voix rocailleuse de vieux cowboy. Il interprète ce chant de prisonnier des couloirs de la mort avec une telle humanité que c’en est bouleversant. La marche de l’homme vers la chaise électrique avec les mots de Nick Cave prend des allures de crucifixion et l’apothéose finale des grandes orgues achève de compléter le tableau dans un déluge de lumière aveuglante.

Une nouvelle venue pointe le bout de son nez dans le paysage de la musique électronique onirique et déjantée. Il s’agit d’Alison Goldfrapp, une belle anglaise dont les vocalises amplifiées et passées à travers quelques filtres électroniques la feraient aisément passer pour une diva extraterrestre. L’accompagnement style clavecin, harpe et orchestre de cordes rappelle John Barry, le compositeur des thèmes de James Bond et d’Amicalement Vôtre.

L’Angleterre nous offre aussi cette année-là une découverte sympathique, un bijou de pop-folk : l’album Parachutes de Coldplay. Si ce groupe est aujourd’hui aussi lourdinque que U2 et compagnie, il était très prometteur en 2000 avec la voix de Chris Martin et la production parfaite de Ken Nelson (qui avait auparavant travaillé avec le groupe Gomez).

Dans un style comparable, l’américaine Aimee Mann sort un très bel album Bachelor No. 2 or, the Last Remains of the Dodo dont quelques titres seront repris dans la bande son de l’hallucinant film Magnolia de Paul Thomas Anderson. 

En France, le groupe Air signe un de leur plus beaux albums avec la bande son de Virgin Suicides, le premier film de la jeune Sofia Coppola. Le talent des deux compères versaillais est tel qu’ils arrivent à rendre écoutable la voix du chanteur du groupe Phoenix sur le joli titre Playground Love.

Pendant ce temps, les Têtes Raides s’engagent pour la défense des sans-papiers, Christian Olivier chante avec Bertrand Cantat son hymne de l’Iditenté : « Que Paris est beau quand chante les oiseaux, que Paris est laid quand il se croit français »… Le brassage du saxo bérurien de Grégoire Simon avec la guitare enflammée de Serge Teyssot-Gay donne au morceau une énergie brute de punk comme on en n’avait pas entendu depuis longtemps.

Au cinéma, sortent des films cultes comme O’Brother des frères Coen, le sixième sens de Night Shyamalan, American Beauty de Sam Mendes… C’est aussi cette année que Stephen Frears adapte le roman High Fidelity de Nick Hornby avec John Cusack et l’électrique trublion Jack Black dans les rôles de deux vendeurs de disques vinyls passionnés de rock et de soul. Je conseille le film et sans hésiter la lecture du roman à tous les mordus de rock indé.

 

Voir aussi :